Il y a un lien très étroit entre la Bible et la liturgie.

La liturgie peut se définir comme l’œuvre de Jésus-Christ, que les chrétiens accueillent ensemble, qu’ils célèbrent, à laquelle ils participent et à laquelle ils collaborent. Cette liturgie se traduit dans des rites.

Chaque année, les chrétiens “célèbre les mystères du salut en faisant mémoire des événements sauveurs afin que ces événements soient agissants pour nous aujourd’hui.” Patrick Prétot

Au sujet des rites, dans Citadelle, Saint-Exupéry nous livre cette belle pensée :

Les rites sont dans le temps ce que la demeure est dans l’espace.

Les rites catholiques sont de différentes natures : on parle de la liturgie de la messe ou liturgie eucharistique, on parle de Liturgie des heures, on parle de prière du rosaire, on parle de dévotions diverses et variées, on parle de liturgie du mariage, ou encore de liturgie des funérailles.

Ces rites sont le lieu de la rencontre de Dieu avec l’homme, comme une interface, un lieu de dialogue et de communion.

– Au cours de la messe, Dieu rencontre l’homme de diverses manières :

Liturgie de la Parole

Lors de la liturgie de la Parole, Dieu adresse une parole aux chrétiens rassemblés : une lecture tirée de l’Ancien Testament en général, un psaume qui est un écho à cette lecture à peine entendue, une seconde lecture tirée du nouveau testament (lettres de Paul, de Jacques, lettre aux Hébreu, etc.), et l’Évangile.

Liturgie eucharistique

    Il rencontre aussi l’homme à travers la liturgie eucharistique, lorsque le prêtre consacre du pain et du vin qui deviennent le corps et le sang de Jésus-Christ; ce que Jésus a vécu à Jérusalem il y  a 2000 ans, nous le revivons d’une certaine manière en live, en direct. Ces rites sont issus eux-même de la Bible : lors de la consécration par exemple, le prêtre reprend les gestes – sans toutefois les mimer comme si c’était du théâtre-,  et les paroles mêmes de Jésus. Toute les prières que dit le prêtre et l’assemblée sont tissées de références bibliques. Le témoignage de Scott Hahn dans Rome Sweet home et dans Le festin de l’agneau, m’a toujours marqué : un jour, Scott Hann qui est protestant américain, assiste de loin à une messe dans une église ; lorsque le prêtre, élevant l’hostie, eut dit “Voici l’agneau de Dieu qui enlèves le péché du monde” , il entendit résonner dans sa tête toute l’Ecriture, notamment l’Apocalypse (Ap 5, 6 “Alors je vis : au milieu du trône et des quatre animaux, au milieu des anciens, un agneau se dressait, qui semblait immolé.” ou encore Ap 14, 1-4) et l’Evangile selon saint Jean (Jn 1, 29-34), dont il était fin connaisseur.

Messe et Apocalypse

    Bible et liturgie sont tellement lié que le livre de l’Apocalypse, par exemple, est une clé pour comprendre et vivre la messe, comme la messe est une clé voire  LA clé pour comprendre l’apocalypse. C’est ce que développe Scott Hahn dans Le festin de l’agneau. Vous trouverez ici une liste des références de l’Apocalypse que l’on retrouve tout au long de la liturgie. (§10)

Continuité et discontinuité des rites

    L’auteur du livre de l’Apocalypse, membre d’une communauté chrétienne d’Asie Mineure (l’actuelle Turquie), vivait ce qu’au premier siècle on appelait “La fraction du pain”. C’était déjà à l’époque une célébration liturgique, rituelle, codifiée de ce que Jésus a commandé à ses apôtres de vivre (Lc 22, 19, 1Co 11, 23-25): l’eucharistie. La messe n’a pas été “inventée” par des chrétiens  mais elle prend à la fois racine dans des rites juifs (la Pâque par exemple, ou les prières de bénédictions dites lors des sacrifices d’animaux dans le Temple) et dans les évènements vécus par le Christ et ses disciples à Jérusalem, donnant ainsi un sens nouveau à la fête de la Pâque et donnant un sens inédit à un repas qui n’est pas un repas comme les autres.

    C’est pourquoi  Saint Paul parle de l’eucharistie lorsqu’il écrit aux Corinthiens vers 57 ap. J.C. pour leur rappeler de ne pas confondre le “repas du Seigneur” avec “son propre repas”; dit familièrement : le repas du Seigneur, ce n’est pas prendre son casse-croûte chacun dans son coin, certains n’ayant pas de quoi mangé, les autres trop; “N’avez-vous donc pas de maisons pour manger et pour boire ?” ajoute-t-il au verset 22.

Les deux parties qui constituent en quelque sorte la messe, c’est-à-dire la liturgie de la parole et la liturgie eucharistique, sont si étroitement unies entre elles qu’elles constituent un seul acte de culte. Concile Vatican II, Sacrosanctum concilium 56

Duplex mensa : Parole et Eucharistie

    Pour parler du rapport entre la Parole de Dieu et de l’Eucharistie, l’Église catholique a toujours gardé, depuis les Pères de l’Église, l’idée qu’elles forment toutes deux une duplex mensa, une double table. Saint Césaire d’Arles affirme que “La Parole du Christ n’est pas moins que le Corps du Christ. […] Celui qui aura écouté avec négligence la parole de Dieu ne sera pas moins coupable que celui qui, par sa négligence, aura permis que le corps du Christ, tombe à terre.” (Sermo 78, 2); saint Ambroise, lui, dit que l’on boit au calice des Écritures comme ont le fait à celui de l’eucharistie.

Une écoute communautaire

    “Un autre aspect mérite d’être souligné : ici, l’écoute ne se fait pas seul mais en Église, avec les autres frères et sœurs. Saint Grégoire le Grand avouait – In Ez 1. II, Hom. II, 1 – que plusieurs fois il n’avait pas réussi à comprendre le sens d’un texte de la sainte Écriture, mais que, « en présence des frères », à la messe, il l’avait compris !” F. Bestion, cours de liturgie sur les rites de la messe, Séminaire de Toulouse, 2005.

L’écoute de la Parole quasi-sacramentelle

    “Gardons nous donc de considérer la liturgie de la Parole comme un simple préambule à la célébration proprement sacramentelle. Origène insistait pour dire qu’il faut manger le Verbe sous l’espèce de la Parole, et que, de cette manière, on arrive à la manducation parfaite, sacramentelle, du corps et du sang du Christ.” ibid.

– Au cours de la liturgie des heures, Dieu rencontre l’homme aussi à travers sa Parole :

Structure des offices

Un office se compose d’une introduction liturgique (“Dieu vient à mon aide, Seigneur à notre secours”), suivie d’un chant (“une hymne”), de trois psaumes, d’une lecture de l’ancien ou du nouveau testament; pour l’office du matin (les laudes), cela est suivi par le cantique de Zacharie (“le benedictus“), pour l’office du soir (les vêpres), cela est suivi par le cantique de Marie (“le magnificat“); ensuite vient une prière d’intercession, où l’on ouvre notre prière à plus large que notre communauté; vient enfin la prière du Notre Père et une prière de conclusion.

Inspiration biblique

    La Parole de Dieu constitue ici les mots même de notre prière. Très peu de paroles ne sont pas directement des citations bibliques, et celles-ci cependant s’en inspirent : les “antiennes” (une ou deux phrases introduisant les psaumes faites pour être chanté), et la prière d’intercession.

    Les psaumes sont comme la matrice, le moule de la prière juive et de la prière chrétienne. Les 150 psaumes sont répartis sur toute la semaine, sur quatre semaines. En fonction du temps liturgique, les antiennes, les hymnes et les lectures changent.